Fondée en 1074 par l'archevêque Gebhard de Salzbourg, l'abbaye bénédictine a survécu aux incendies, aux guerres et aux menaces de sécularisation, voyant pourtant sa collection atteindre soixante-dix mille manuscrits et deux cent mille volumes imprimés au XVIIIe siècle. Lorsque l'abbé Matthäus Offner chargea l'architecte Joseph Hueber en 1776, les instructions étaient claires : créer un espace qui incarne les idéaux des Lumières tout en honorant l'érudition bénédictine. Hueber livra une salle couronnée par sept coupoles, chacune peinte par Bartolomeo Altomonte avec des scènes allégoriques retraçant la connaissance humaine de la révélation divine à la science empirique.
Aujourd'hui, les forfaits de visite de l'abbaye d'Admont au départ de Vienne emmènent les visiteurs à trois heures au sud-est, dans la vallée de l'Enns en Styrie, où l'abbaye ancre la petite ville d'Admont contre les parois calcaires du parc national du Gesäuse. La bibliothèque demeure la pièce maîtresse, mais le musée d'art contemporain de l'abbaye, ouvert en 2003, a discrètement constitué l'une des collections d'art religieux d'après-guerre les plus cohérentes d'Autriche, incluant des œuvres de VALIE EXPORT et Josef Beuys. Le musée d'histoire naturelle, reconstruit après qu'un incendie en 1865 eut détruit l'église gothique, organise la faune et la minéralogie des Alpes centrales avec une rigueur qui reflète la tradition bénédictine de catalogage de la création. Les visiteurs qui effectuent une visite de l'abbaye d'Admont sous-estiment souvent sa portée intellectuelle : ce n'est pas une relique préservée, mais un monastère actif dont les soixante moines observent toujours la règle de saint Benoît, se levant pour les Laudes à l'aube et accueillant les chercheurs dans des archives qui comprennent des psautiers du IXe siècle et des instruments astronomiques de la Renaissance.
La survie de l'abbaye doit beaucoup à sa géographie. Nichée dans une vallée trop isolée pour que les empereurs réformateurs de Vienne puissent l'exploiter efficacement, Admont a échappé aux vagues de dissolution qui ont vidé d'autres monastères autrichiens dans les années 1780. Cet isolement a préservé non seulement l'institution mais aussi sa cohérence architecturale. Les putti en stuc de la bibliothèque, sculptés par Franz Josef Stammel, tiennent les instruments des sept arts libéraux — géométrie, astronomie, rhétorique — rendus avec une précision anatomique qui frise le dérangeant. Les Quatre Fins dernières de Stammel, un quatuor de sculptures en bois de tilleul grandeur nature représentant la Mort, le Jugement, le Paradis et l'Enfer, ancrent l'extrémité orientale de la salle avec une théâtralité baroque. Les figures ont été sculptées entre 1760 et 1766, et leur intensité expressive a survécu au programme allégorique qu'elles étaient censées servir, devenant les artefacts les plus photographiés de l'abbaye après le plafond peint à fresque lui-même.